« Les architectes et le dumping »

L’ordre des architectes d’Auvergne organise une réflexion sur le thème « les architectes et le dumping ». Comprenez les tarifs trop bas pratiqués par certains d’entre eux. Un séminaire s’est tenu le 28 mars à Clermont-Ferrand ouvert à tous : architectes, clients, maitres d’ouvrage publics…
Ci-après la contribution au débat d’Alexis Monjauze, éco architecte au Puy en Velay

L’ordre des architectes lance une réflexion sur ce thème, avec des larmes plein sa plume et sollicite nos suggestions à nous, professionnels. Je lis dans son texte :

« les architectes se tirent une balle dans le pied »
ce serait plutôt une balle dans le cœur (du métier) car si c’était le pied, ils pourraient encore marcher avec l’autre. Hors aujourd’hui ça ne marche plus.
Ils se tirent une balle dans le cœur peut-être parce le cœur ne leur sert plus beaucoup. Aiment-ils encore l’architecture ? (hors mis la leur… ou pas)

« la profession se paupérise »
C’est vrai. Et c’est parce qu’elle ne se pose pas la question de la valeur de son travail. Elle ignore la valeur de son travail. Elle ne prend pas le temps de s’interroger. Elle court sans réfléchir. Comme beaucoup d’autres.

« les architectes proposent des rémunérations en deça des montants provisionnés par les maitres d’ouvrage »
Et alors? Ce n’est pas la question ! Il est plus intéressant de se demander quelle est la valeur du travail de l’architecte. La décrire, la détailler, l’expliciter, évaluer ses risques, ses responsabilités, ses implications pour la jauger justement. Jeter un oeil sur d’autres pays… tiens tiens..?
Voir pourquoi les archis français sont parmis les moins chers d’Europe : qu’est ce qu’ils ne font pas que les autres font? quel écart reste-t-il après ça? Ensuite, on fait le bilan et on tire les valeurs minimales du réel et plein exercice.

« Quelle action mener pour lutter contre le dumping ? »
Une fois qu’on a déterminé ces valeurs seuils minimales, on les fait entériner par le Conseil National de l’Ordre des Architectes. Puis on prend RV avec la Mutuelle des Architectes Français (90% de parts de marchés) pour passer un deal : on ne couvre plus les architectes qui travaillent au-dessous des valeurs seuils adoptées. C’est tout l’intérêt de l’assureur d’éviter d’avoir des chèvres dans son portefeuille. C’est celui des architectes. On fait la même démarche avec les assureurs des clients (Dommages Ouvrage) qui ont eux aussi intérêt à réduire les sinistres.
Une fois unis dans cet intérêt (architectes, assureurs des archis et assureurs des clients) on va à la rencontre les politiques pour faire passer un arrêté ou un amendement qui prévoit des amendes et l’interdiction d’exercer pour les architectes qui pratiquent les prix inférieurs aux seuls, des amendes et des pénalités de compensation pour les maitres d’ouvrage incapables qui font travailler les architectes en dessous de ces valeurs.

Alexis Monjauze éco architecte, mars 2014